Atlas Social d'Angers

Le dessous des cartes de la douceur angevine

Le Défi Nature Urbaine 2026 à Angers Loire Métropole. Un regard sur la biodiversité ordinaire

par Sigrid Giffon

planche publiée le 05 octobre 2026

Du 24 au 27 avril 2026, Angers Loire Métropole a participé pour la première fois au Défi Nature Urbaine (City Nature Challenge), un évènement international de sciences participatives organisé via l’application iNaturalist. En quatre jours, plus de 2 100 observations naturalistes ont été faites et plus de 750 espèces ont été recensées par les 300 participants. Au-delà de l’inventaire, les données produites permettent d’observer les espaces dans lesquels les habitants rencontrent le plus la biodiversité ordinaire. Les cartes révèlent ainsi autant la présence du vivant que les pratiques habitantes des espaces verts, des parcs urbains ou des bords de Loire, interrogeant la place de la nature dans la qualité de vie et la « douceur angevine ».

Qu’est-ce qu’un Défi Nature Urbaine (DNU) ?

Le Défi Nature Urbaine (DNU) a été réalisé dans un cadre international, le City Nature Challenge (CNC). Il consiste à faire réaliser un inventaire express de la biodiversité par des participants citoyens anonymes, sur un temps court de quelques jours. Le CNC est un projet qui a démarré en 2016 aux Etats Unis, entre Los Angeles et San Francisco, comme une « compétition » (un challenge) entre les deux villes. Depuis, le CNC est devenu un événement international, incitant les citoyens du monde entier à recenser et documenter la faune et la flore sauvages dans leurs villes, à savoir les plantes, animaux et autres organismes tels que les champignons et les blobs, à l’exclusion des pierres et minéraux (Palma, 2024). L’édition 2026 du CNC s’est déroulée en deux périodes : du 24 au 27 avril 2026, quatre jours de défi consistant en photographier plantes et animaux sauvages1 et du 28 avril au 10 mai 2026, période de saisie des observations, d’identification des espèces trouvées et de vérification des données.

Participez c’est facile – Taking part is easy

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Source : City Nature Challenge (CNC)

Présentation du projet City Nature Challenge (CNC) ou Défi Nature Urbaine (DNU) : chercher la faune et la flore sauvages, prenez une photo et partagez

En 2016 et 2017, seules les villes des Etats-Unis participent au challenge2. On comptait alors environ 1 000 participant.e.s ayant fait 19 800 observations de 2 544 espèces différentes. A partir de 2018, le challenge s’internationalise et s’accélère : en 2 ans, entre 2016 et 2018, le nombre d’observations est multiplié par 22, le nombre d’espèces par 7 et le nombre de participant.e.s par 17. Le projet qui était initialement anecdotique devient un phénomène mondial. Les villes françaises participent pour la première fois en 2021 (Paris et Toulouse). En 2026, la ville d’Angers participe pour la première fois, aux côtés de huit autres collectivités françaises : Nice, Marseille, Midi-Occitanie, Paris-Ile-de-France, Blois-Agglopolys, Strasbourg pour la France Métropolitaine et la Guyane pour l’Outremer3.

L’application iNaturalist

Les applications naturalistes de sciences participatives sont nombreuses4 et se développent rapidement à l’aire de la démocratisation numérique (Boucaud, 2017). Le CNC utilise une application gratuite créée par l'Académie des sciences de Californie, iNaturalist, également accessible sur internet. La production de données géographiques est participative, basée sur une méthode appelée crowdsourcing. Chaque utilisateur anonyme partage des observations de la biodiversité en prenant une photo géolocalisée, ou un fond sonore5 ou autres marques de présence (empreintes, traces, nids, fèces…), qui créé instantanément une cartographie des données collectées, et cela à travers le monde. INaturalist est devenu l’un des outils emblématiques des sciences citoyennes naturalistes (Nugent, 2018). Cet outil extrêmement simple à utiliser ne demande pas de connaissances pointues sur la biodiversité et connait, en France, un engouement récent et grandissant6. Par ailleurs, ce type de sciences participatives est aujourd’hui largement utilisé par la recherche en écologie (Dickinson et al., 2010). Les chercheurs utilisent ainsi les données issues de nouveaux acteurs, extérieurs au monde académique, (citoyens, associations, collectivités) dans leurs analyses scientifiques (Chlous et al., 2017).

INaturalist possède un outil d'identification automatisée des espèces associé à la connaissance des utilisateurs-experts qui aident à identifier les espèces à partir des photographies et des enregistrements sonores. Ces expert valident, invalident ou proposent des modifications des indentifications. Les données enregistrées avec iNaturalist sont libres et fournissent des informations qui peuvent être réutilisées pour des projets de recherche par les scientifiques, les agences de conservation ou d’autres organisations, les collectivités territoriales mais aussi par le public7.

Réalisation du Défi Nature Urbaine à Angers Loire Métropole

Le Défi Nature Urbaine à Angers Loire Métropole a été réalisé dans le cadre de l’Atlas de la Biodiversité Intercommunal (ABCi). Il s’agit d’un projet de l’agglomération qui consiste en un « outil de connaissance, de mobilisation et d’aide à la décision en faveur de la biodiversité, initié et soutenu par l’Office Français de la Biodiversité – l’OFB »8. Lancé en mai 2024, ce projet regroupe 22 communes de l’agglomération sur 299. ABCi vise à mener des inventaires naturalistes sur la faune et la flore par des experts professionnels de la nature mais aussi par le biais des sciences citoyennes et participatives. Le projet s’accompagne d’animations de sensibilisation grand public et a pour but de renforcer la préservation de la biodiversité locale. Le DNU et les données collectées par son intermédiaire permettront d’alimenter une partie de l’ABCi. En effet, le DNU permet de récolter des données à une grande échelle spatiale sur un court laps de temps.

Encart de présentation du Défi Nature Urbaine 2026 à Angers Loire Métropole sur le site iNaturalist

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Source : iNaturalist et Angers-Loire-Métropole

Premier résultats : 755 espèces recensées

Les 755 espèces recensées lors du Défi Nature Urbaine 2026 témoignent de la richesse de la biodiversité ordinaire présente dans l’agglomération angevine. Les plantes représentent près de la moitié des espèces observées (44 %), devant les insectes (38 %), puis les oiseaux loin derrière (7 %). Cette forte présence des végétaux par rapport aux animaux et autres organismes peut s’expliquer à cause du principe de l’application qui fonctionne sur des preuves photographiques d’observation. En effet, les végétaux sont statiques et beaucoup plus simples à photographier que les animaux.

Types d’espèces recensées par les observateurs à Angers Loire Métropole lors du Défi Nature Urbaine 2026

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Source : Site intenet iNaturalit, page Défi Nature Urbaine 2026 : Angers Loire Métropole, 2026.

Types d’espèces recensées

Angers Nombre d’espèces % d’espèces
Plantes 332 44,0%
Insectes 288 38,1%
Oiseaux 50 6,6%
Arachnides 38 5%
Champignons 18 2,4%
Mollusques 10 1,6%
Autres animaux 7 0,9%
Reptiles 5 0,7%
Mammifères 5 0,7%
Amphibiens 2 0,3%
Total 755 100%

Source : Site intenet iNaturalit, page Défi Nature Urbaine 2026 : Angers Loire Métropole, 2026.

Les principales espèces les plus identifiées (tircis, iris des marais, consoude officinale, cétoine funeste ou merle noir) sont des espèces faciles à observer dans les parcs, jardins ou bords de Loire. À l’inverse, les mammifères restent peu signalés (cinq espèces), car souvent plus discrets et difficiles à photographier. Le DNU ne constitue donc pas un inventaire exhaustif de la biodiversité locale, mais plutôt une photographie de la nature visible et accessible dans les espaces du quotidien à une période donnée.

Top des 10 espèces les plus identifiées par les observateurs lors du DNU ALM 2026

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Source : Site intenet iNaturalit, page Défi Nature Urbaine 2026 : Angers Loire Métropole, 2026.

L’espèce la plus reconnue est un papillon, le tircis. Suivent trois espèces de plantes, l’iris des marais, la consoude officinale et l’aubépine monogyne. Enfin, l’espèce de vertébré la plus renseignée est un oiseau, le merle noir.

Par ailleurs, la bonne participation des 304 observateurs peut s’expliquer notamment par la période printanière : cette fin avril 2026 a présenté une météo favorable, environ 6°C les matinées, 25°C les après-midis et pas de précipitations10, propice à la floraison et à l’observation des papillons ou des oiseaux communs.

Deuxième résultat : les lieux de la biodiversité autour d’Angers

Les données produites par les identificateurs sur iNaturalist sont libres et gratuites et peuvent être téléchargées par tout un chacun, grand public comme scientifiques, sur la page spécifique11. Les observations faites via iNaturalist contiennent les coordonnées géographiques en latitude et longitude et permettent donc de cartographier les espaces dans lesquels les habitants rencontrent le plus la biodiversité.

Carte du Défi Nature Urbaine d’Angers Loire Métropole en 2026

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Source : Site intenet iNaturalit, page Défi Nature Urbaine 2026 : Angers Loire Métropole, 2026.

La commune qui a bénéficié le plus d’observations pour ce DNU est Angers avec plus de 844 soit plus de 40 %. Il s’agit de la commune la plus peuplée et la plus urbanisée d’ALM mais aussi présentant de nombreux espaces verts accessibles à tous : parcs, jardins, promenades ou berges de Maine. D’autres communes possèdent également un nombre important d’observations : Avrillé, les Ponts-de-Cé, Loire-Authion, particulièrement en bords de Loire. Pour préciser certains « spots », on peut citer certaines zones qui ont été prises comme des transects : une prairie d’Andard en bords de l’Authion (1), le parc des Ardoisières de Trélazé (2), prairies humides entre Loire et Authion aux Ponts de Cé (3), La Roche de Mûrs et les bords du Louet à Mûrs Erigné (4), les grands parcs urbains et espaces verts d’Angers (prairie de la Baumette (5), parc Saint-Nicolas (6), parc Saint-Serge (7), Ile Saint-Aubin(8)), le parc des Poumons verts d’Avrillé (9).

L’absence de données sur certaines communes ne signifie pas qu’elles n’ont pas une biodiversité moins intéressante qu’ailleurs, seulement qu’elles n’ont pas été explorées par les identificateurs (Béhuard, Écuillé, Le Plessis-Grammoire, Saint-Lambert-la-Potherie, Saint-Léger-de-Linières, Saint-Martin-du-Fouilloux, Soulaines-sur-Aubance, Soulaire-et-Bourg).

Cartes du Défi Nature Urbaine d'Angers Loire Métropole de 2026

Pourcentage d’espèces observées par communes

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Nombre d’espèces observées par communes

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Localisation des observations et Espaces Naturels Sensibles

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Sources : Fond de carte, IGN, carte.gouv.fr, 2026. Données : iNaturalist, 2026. Data Maine-et-Loire, 2026. Réalisation : Atlas Social d'Angers, Université d'Angers, UMR ESO CNRS 6590, 2026.

Les observations se concentrent donc surtout dans les lieux fréquentés au quotidien, souvent accessibles à pied ou à vélo. Les cartes produites montrent ainsi autant la présence de biodiversité que les pratiques habitantes des espaces de nature. Des travaux soulignent la fiabilité croissante des données produites dans le cadre des sciences participatives (Gosselin et al., 2010). Grâce à des outils comme iNaturalist, les habitants deviennent eux-mêmes acteurs de la connaissance et de la valorisation de cette biodiversité locale.

Perspectives

Le Défi Nature Urbaine 2026 a montré que la biodiversité fait pleinement partie du cadre de vie angevin. Observer une fleur sauvage, un papillon ou un merle noir dans un parc devient une manière de porter attention au vivant présent dans la ville. Ces observations participatives révèlent aussi une dimension concrète de la « douceur angevine », souvent associée à la présence du végétal, de l’eau et des paysages ligériens. La qualité de vie ne repose pas seulement sur les équipements ou l’aménagement urbain, mais aussi sur la possibilité de côtoyer une nature ordinaire dans les espaces du quotidien.

Notes

1 C’est-à-dire n’ayant pas été introduits et pas entretenus par l'Homme

2 https://www.citynaturechallenge.org/past-results

3 À elle seule, la Guyane comptabilise 40 % des observations françaises 2026. Voir en ligne

4 Voir le comparatif intéressant des différentes applications de collectes de données naturalistes (iNaturalist, NaturaList, Sauvages de ma rue, Pl@ntNet, etc…) dans le mémoire de Ingrid Boucaud de 2017, Faire participer le public à la collecte de données naturalistes. Utilisation d’applications mobiles telles que NaturaList. Mémoire de master 2 Information-Communication. 87 p.

5 Les données sonores sont enregistrées essentiellement pour déterminer les espèces d’oiseaux, discriminées par les chants ou cris.

6 Ces applis qui ont changé nos vies. iNaturalist, indispensable pour découvrir le nom d'une espèce dans la nature. Podcast RadioFrance.

7 Voir la page très complète Wikipedia d’iNaturalist en anglais.

8 Voir en ligne

9 Il s’agit des communes d’Angers, Avrillé, Beaucouzé, Briollay, Cantenay-Epinard, Ecuillé, Feneu, Les Ponts-de-Cé, Loire-Authion, Montreuil-Juigné, Rives-du-Loir-en-Anjou, Saint-Clément-de-la-Place, Saint-Léger-de- Verrières-en-Anjou Linières, Saint-Martin-du-Fouilloux, Sainte-Gemmes-sur-Loire, Savennières, Soulaines-sur-Aubance et Trélazé. Les communes de Mûrs-Erigné, Béhuard et du Plessis-Grammoire réalisent également leur atlas communal. Les communes de Bouchemaine, Ecouflant, Longuenée-en-Anjou, Saint-Barthélemy-d’Anjou, Saint-Lambert-la-Potherie, Sarrigné et Soulaire-et-Bourg ne participent pas à ce projet.

10 Voir en ligne la climatologie du mois d'avril 2026 à la station Angers-Beaucouzé

11 En y mettant des filtres de dates, lieux, espèces, projets, etc... Attention, on ne peut pas télécharger plus de 200 000 observations par requête. Voir en ligne

Pour citer ce document

Sigrid Giffon, 2026 : « Le Défi Nature Urbaine 2026 à Angers Loire Métropole. Un regard sur la biodiversité ordinaire », in H. Davodeau, L. Guillemot & S. Giffon, Atlas Social d'Angers [En ligne], eISSN : 2968-0255, mis à jour le : 09/10/2026, URL : https://atlas-social-angers.fr:443/index.php?id=1376, DOI : https://doi.org/10.48649/asda.1376.

Autres planches in : Végétal, environnement et paysage

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Bibliographie

BOUCAUD I., 2017, Faire participer le public à la collecte de données naturalistes. Utilisation d’applications mobiles telles que NaturaList., Mémoire de master 2 Information-Communication. 87 p. https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01687400/file/Ingrid_Boucaud.pdf

CHLOUS F. et al., 2017, « Des recherches participatives dans la production des savoirs liés à l’environnement – Introduction. Foisonnement participatif : des questionnements communs ? », Nat. Sci. Soc., Volume 25, Number 4, October-December 2017, p. 327-335. DOI : 10.1051/nss/2018011

DICKINSON J.L. et al., 2010, « Citizen Science as an Ecological Research Tool », Annual Review of Ecology.

GOSSELIN M. et al., 2010, « L’essor des sciences participatives pour le suivi de la biodiversité : intérêts et limites », Sciences Eaux et Territoires, n° 3.

NUGENT J., 2018, « iNaturalist: Citizen Science for 21st-Century Naturalists », Science Scope.

PALMA E. et al., 2024, « The city nature challenge: A global citizen science phenomenon contributing to biodiversity knowledge and informing local government practices », BioScience, Volume 74, Issue 4, April 2024, p. 290–299. DOI : 10.1093/biosci/biae012

Index géographique

Glossaire

Résumé

Du 24 au 27 avril 2026, Angers Loire Métropole a participé pour la première fois au Défi Nature Urbaine (City Nature Challenge), un évènement international de sciences participatives organisé via l’application iNaturalist. En quatre jours, plus de 2 100 observations naturalistes ont été faites et plus de 750 espèces ont été recensées par les 300 participants. Au-delà de l’inventaire, les données produites permettent d’observer les espaces dans lesquels les habitants rencontrent le plus la biodiversité ordinaire. Les cartes révèlent ainsi autant la présence du vivant que les pratiques habitantes des espaces verts, des parcs urbains ou des bords de Loire, interrogeant la place de la nature dans la qualité de vie et la « douceur angevine ».

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